Contre l’islamophobie

Autor del artículo: FUNCI

Fecha de publicación del artículo: 10/04/2003

Año de la publicación: 2003

Texte du Manifeste contre l’islamophobie, rédigé en avril 2003 par la FUNCI en collaboration et avec l’adhésion de nombreux intellectuels, artistes et hommes et femmes politiques.

Exposé de motifs

Depuis près de vint ans, au sein de la Fondation de la Culture Islamique, nous travaillons de façon désintéressée aux fins de faire découvrir la culture islamique, en général, et hispano-musulmane, en particulier, en comblant le fossé existant entre la spécialisation des cercles universitaires et la méconnaissance généralisée propre au grand public.

Par le biais de nos activités, nous avons œuvré pour participer à l’amélioration des relations interculturelles et l’élimination des préjugés qui, depuis des siècles, faussent la vision d’une culture, la culture islamique, proche d’un point de vue géographique et même chronologique, et sans doute, ignorée pendant trop longtemps. Pour ce faire, nous avons pu compter sur la présidence inestimable de l’islamologue Cherif Abderrahman Jah, et le grand anthropologue Julio Caro Baroja, sans oublier les nombreux soutiens reçus de la part d’institutions publiques et privées, et de personnes appartenant au domaine de la culture et des arts.

Cependant, jamais autant qu’aujourd’hui la nécessité d’un rapprochement envers le monde islamique n’est apparu aussi primordial. Jamais, au cours de ces dernières années, la situation internationale n’a été aussi tendue, compte tenu des intérêts purement économiques et stratégiques de certains états. Jamais non plus n’ont eu lieu autant de manifestations d’intolérance et de barbarie, commises par une minorité qui agit arbitrairement au nom de l’Islam, aux fins de servir aussi ses raisons et intérêts les plus obscurs.

Le fossé creusé durant des siècles de malentendus et de confrontations, entre ce que l’on pourrait appeler l’Orient et l’Occident, ou même le Nord et le Sud, devient chaque fois plus profond. Et le plus grave : l’attitude de certains dirigeants est en train d’outrepasser le cadre purement politique, pour pénétrer dans la fibre plus intime des citoyens, semant le rejet de ce qui est différent, ainsi qu’une intoxication idéologique systématique, non exempte d’intentionnalité déterminée.

Quelques médias, compte tenu de l’aspect immédiat de l’information et du manque de connaissance basique d’autres cultures, se lancent dans de grands titres et à des termes trompeurs qui ne font qu’amplifier la situation de rejet.

Pour cette raison, aujourd’hui plus jamais, et face au silence institutionnel et intellectuel qui domine notre société, la Fondation de Culture Islamique estime nécessaire la réalisation de toute sorte de manifestations culturelles, et l’investissement moral de personnalités liées au monde de l’art, de la culture, de la pensée et de la politique, capables de créer des courants d’opinion et d’attirer l’attention sur les graves problèmes de confrontation culturelle auxquels nous sommes en train d’assister. Ainsi, il n’est pas surprenant que l’Institut Européen d’Observation des Phénomènes Racistes et Xénophobes, ait averti, dans un rapport récemment publié, de l’inexorable croissance de l’islamophobie au cours de l’année dernière.

Manifiesto

Compte tenu de tout ce qui est antérieurement exposé, la Fondation de Culture Islamique et tous ceux qui sont d’accord sur le fait qu’il est nécessaire de s’exprimer et d’agir contre cet état de choses, nous convenons que:

Nous ne pouvons pas permettre que la guerre, l’injustice, l’imposition de la pensée unique, la manipulation de l’information et l’ignorance, minent et détruisent l’entente entre les peuples et les différentes cultures, alimentant la haine et encourageant les expressions les plus haineuses de violence entre les êtres humains.

Nous ne pouvons pas oublier non plus, que la dégradation de l’actuelle situation internationale est la conséquence, entre autres choses, des coordonnées historiques plus récentes et de la globalisation de la pauvreté.

En tant qu’espagnols et tant qu’héritiers, en général, du legs historique musulman, nous devons nous rappeler que l’une des étapes les plus fécondes de notre Histoire, al-Andalus, est liée à la civilisation islamique et à l’échange enrichissant entre différentes communautés ethniques et religieuses. De cette manière, notre idiosyncrasie actuelle, notre culture matérielle, notre architecture traditionnelle, nos coutumes, notre langue, et jusqu’à notre façon de concevoir la vie, sont imprégnés du riche héritage musulman. Refuser ainsi le respect de la civilisation islamique, serait refuser le respect à une très importante partie de nous-mêmes.

Nous devons affirmer l’idée selon laquelle l’Europe multiculturelle d’aujourd’hui est fondée sur des valeurs humanistes, source de notre inaliénable engagement envers la liberté. Ainsi, l’article 9 de la Convention Européenne des Droits de l’Homme consacre le droit à la liberté de pensée, de conscience et de religion.

Nous ne pouvons pas nous laisser envahir par cette attitude à l’échelle mondiale qui oblige à identifier les autres –les musulmans, dans ce cas–, avec leurs propres dirigeants, avec l’immigration incontrôlée –marquée par son triste lot d’inadaptation et de pauvreté–, ainsi que les expressions les plus extrêmes et reprochables de certains, qui interprètent les croyances selon leur propre convenance.

Nous ne devons pas fermer les portes à l’entente avec les pays islamiques, ni non plus à l’échange scientifique et économique lequel, des deux côtés, permettrait une répartition sociale des richesses, plus juste et plus équitable, ainsi qu’un plus grand bien-être pour tous. Tant pour eux, que pour nous.

Nous sommes convaincus, en définitive, qu’il s’agit là de notre responsabilité, en tant que personnes liées au monde de la culture, d’encourager la connaissance, l’information rigoureuse, le dialogue sincère et la parole vraie, en tant qu’armes les plus efficaces pour lutter contre l’exclusion et l’ignorance.

Par conséquent, et conformément à l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, dans sa Recommandation 1162, nous proposons les mesures concrètes qui suivent:

Dans le domaine de l’enseignement:

* Améliorer le contenu des programmes d’enseignement et les manuels scolaires dans le contexte du programme international « L’Islam dans les manuels scolaires », pour qu’ils présentent une vision équilibrée et objective de l’histoire de la civilisation islamique, évitant le stéréotype séculaire de l’Islam comme une menace.

* Augmenter le nombre de départements et de chaires sur l’Islam et la philologie arabe dans les universités. Inclure l’Islam dans les principaux domaines d’étude : histoire, art, philosophie, et droit, entre autres, ne le reléguant pas exclusivement aux départements d’histoire médiévale et de philologie.

* Inclure l’histoire de l’Islam d’un point de vue religieux dans les cours de théologie, afin de promouvoir une étude comparative des traditions abrahamiques : judaïsme, christianisme et Islam.

* Développer des programmes d’échange d’étudiants et de professeurs dans le contexte d’une coopération universitaire entre l’Espagne et le monde islamique, comme le propose la Recommandation 1032 de l’Assemblée Parlementaire du Conseil de l’Europe, dans un cadre similaire à celui des programmes Erasmus et Démosthène.

Dans le domaine de l’information:

* Stimuler la co-production, la réalisation et la diffusion de programmes radiophoniques et de télévision sur la culture islamique, ainsi que des articles d’opinion et d’aspect culturel dans les médias d’information générale et spécialisés.

Dans le domaine de la culture:

* Promouvoir des lieux de rencontre et d’expression culturelle entre les immigrants du monde islamique et les habitants des lieux d’accueil.

* Réaliser des expositions, des conférences et des publications sur les aspects relatifs à l’art, la musique et l’histoire du monde islamique en général, et de al-Andalus, en particulier.

* Traduire des œuvres contemporaines d’auteurs du monde islamique, pour faciliter une meilleure compréhension de leur culture et de leurs inquiétudes.

Dans le domaine de l’économie:

* Encourager les investissements dans les pays du Sud de la Méditerranée, visant à entraîner un développement soutenu, avec la création nécessaire d’emplois. De cette façon, il serait possible de lutter contre les bases de la pauvreté sociale qui engendrent, en grande partie, l’émigration et les attitudes extrémistes.

Dans le domaine administratif et de la vie quotidienne:

* Faciliter, de la part du gouvernement, le dialogue entre les autorités compétentes et les communautés musulmanes, afin d’organiser les préceptes religieux de leur foi, tout en respectant les lois du pays d’accueil.

* Promouvoir des jumelages entre des villes espagnoles et européennes et des villes du monde islamique, afin d’augmenter l’échange culturel et social.