L’Islam et les religions du livre

La tolérance en Islam

«Nous avons pris part active à la promotion du dialogue des civilisations et à celle des alliances des civilisations….Il est clair que le rejet de la haine et de la violence serait insuffisant, s’il n’était accompagné d’une nécessaire garantie d’équilibre entre la liberté d’expression et les atteintes insoutenables aux fondements des religions. En tant que pays musulmans il nous appartient de veiller  à une représentation authentique de l’Islâm de par le monde et c’est par une action collective que nous parviendront à réduire les manifestations d’extrémisme et de dogmatisme qui portent atteinte à nos valeurs les plus sacrées…». Extrait du toast prononcé le 12 Août 2008, par le Président algérien au cours de sa visite en Iran.

Dans ce cadre, Abdennour BIDAR (Professeur de philosophie), présente l’Islâm dans ce qu’il a de plus authentique et de plus profond : » L’islâm est avant tout une vie spirituelle, une expérience intérieure, une rencontre avec le mystère de l’existence. Il n’y a pas que le Bouddhisme qui soit une école de sagesse… Or, beaucoup de débats voudraient  réduire l’Islâm à des questions d’un ordre géopolitique, social, identitaire… D’autres encore voudraient le réduire à des questions de ‘formes’…Or, je crois que nous musulmans, avons tout à gagner à nous concentrer, à nous recentrer, sur la dimension spirituelle dans ce qu’elle a de plus profond».

En effet, c’est en se concentrant sur la dimension spirituelle de l’Islâm, que ceux qui nous devancèrent firent des cinq premiers siècles, une des plus grandes époques de l’histoire universelle. Bagdad et Cordoue étaient à cette époque les villes les plus opulentes, où les richesses du monde affluent, où le négoce est actif, les métiers prospères… Elles étaient aussi des centres d’une vie intellectuelle intense, foyers lumineux de civilisation, où une floraison incomparable des sciences, des arts et de la littérature attire les savants et les artistes de tous les coins de l’univers.

M. Sédillot affirme : » Non seulement l’école de Bagdad a contribué au réveil de l’Europe en comblant l’intervalle qui sépare les Grecs d’Alexandrie des modernes, mais c’est celle qui a porté la lumière dans l’Asie toute entière…».  M. Sédillot (Histoire des arabes).

Concernant l’esprit de tolérance qui régnait à cette époque, C. Huart déclara un jour, à propos de Moawiya (premier souverain de la dynastie Omeyade) : » La tolérance qu’il montra envers les chrétiens qui formaient la presque totalité de la Syrie lui concilia toutes les sympathies…». C.Huart (Histoire des arabes. Paris 1912 – 1913).

Le point culminant du pouvoir des Omeyades se plaça sous les règnes d’Abdel-Malik et de son fils Welid : souverains éclairés et tolérants, ces princes se conformant à l’édit promulgué par Mahomet (à lui bénédiction et salut), utilisèrent largement les talents des savants, des artistes et des administrateurs chrétiens, et dans ce cadre, je rappellerai l’édit promulgué par le Prophète Mahomet le 2 Mûharram de l’an 11 de l’Hégire (1er août 623).

Voici sa teneur : «  J’ai écrit cet édit en forme d’ordre pour mon peuple, et pour tous ceux qui se trouvent dans la Chrétienté, à l’Est et à l’Ouest, près ou loin, jeunes et vieux, connus et inconnus. Celui qui ne se conforme pas à l’édit et ne suit pas mes ordres agit contre la volonté de Dieu et mérite d’être maudit quel qu’il soit, sultan ou simplement Musulman. Quand un prêtre ou un ermite se retire sur une montagne ou dans une grotte, ou se tient dans la plaine, le désert, la ville, le village ou l’église, je me tiens derrière lui en personne, avec mon armée et mes sujets et je le défends contre tout ennemi. Ces prêtres  sont mes sujets. Je m’abstiendrai de ne leur faire aucun tort. Il est défendu de chasser un évêque de son évêché, un prêtre de son église, un ermite de son ermitage. Aucun objet ne doit être détourné d’une église en faveur de la construction d’une mosquée ou des demeures des Musulmans. Quand une chrétienne a des relations avec un musulman, celui-ci doit bien la traiter et lui permettre de prier dans son église, sans mettre d’obstacle entre elle et sa religion. Si quelqu’un agit contrairement, il sera considéré comme ennemi de Dieu et de son Prophète. Les Musulmans doivent se conformer à ces ordres jusqu’à la fin du monde ». Haïdar BAMMATE : ‘VISAGES DE L’ISLAM’. Payot – Lausanne. Paris 1946.

Pour sa part, Gustave Le Bon précise : » …La force ne fut pour rien dans la propagation du Coran, car les Arabes laissèrent toujours les vaincus libres de conserver leur religion. Si les peuples chrétiens se convertirent à la religion de leurs vainqueurs, ce fut parce que les nouveaux conquérants se montrèrent plus équitables pour eux que ne l’avaient été leurs anciens maîtres, et parce que leur religion était d’une plus grande simplicité que celle qu’on leur avait enseignée jusqu’alors… Loin de s’être imposé par la force, le Coran ne s’est répandu que par la persuasion…, seule la persuasion pouvait amener les peuples qui ont vaincu plus tard les Arabes, comme les Turcs et les Mongols à l’adopter. Gustave Le Bon (La Civilisation des Arabes, 1884).

Quant au règne Abbasside, Al-Mansur, souverain sage et énergique fut le deuxième khalife de la dynastie ; il fonda  Bagdad qui devint non seulement la plus grande et la plus brillante cité de l’Orient, mais du monde entier. Dans ce sillage, Philip Hitti souligne : » Pendant toute la première partie du Moyen Age, nul peuple n’a apporté au progrès humain une contribution aussi importante que celle des arabes, si nous comprenons sous ce vocable tous les peuples de langue arabe… Pendant des siècles la langue arabe a été celle de la  science, de la culture et du progrès intellectuel pour l’ensemble du monde civilisé. Exception faite de l’Extrême-Orient. Du IXe siècle au XIIe siècle, l’arabe a produit plus d’œuvres philosophiques, médicales, astronomiques et géographiques que toute autre langue humaine.» Philip Hitti (Précis d’Histoire des arabes. Payot. Paris 1950).

Aujourd’hui, les musulmans ont le devoir de réhabiliter les valeurs civilisationnelles et modernistes de l’Islâm, et de coordonner leurs efforts pour œuvrer à la  remise à niveau de leurs appareils de production avec la volonté d’êtres parties prenantes de la compétitivité internationale.

« Le mal et le bien ne sauraient marcher de pair. Rends le bien pour le mal et tu verras ton ennemi se changer en protecteur et ami. » Sourate XLI-verset 34. «  …et celui qui aura rendu la vie à un homme sera regardé comme s’il avait rendu la vie à tous le genre humain. » Sourate V –Verset 32.

*Samya Benazzouz est enseignante